Le train
des steppes

15:22. Oulan-Bator est étouffée par le gaz d'échappement des centaines de milliers de voitures qui arpentent ses rues. Après un mois en Mongolie, nous embarquons à bord de notre prochaine aventure : un trajet de trois jours à bord du Trans-Sibérien, un train légendaire qui nous mènera jusqu'au Kazakhstan. Filant à travers les steppes, longeant les rives du lac Baïkal, puis traversant la taïga sibérienne, ces rails historiques nous auront transporté autant dans l'espace que dans le temps.

Par Alexis Boulianne

Armé de ma Nikon SP et de quelques rouleaux de pellicule Kodak 3200, j'ai documenté notre passage sur le Trans-Sibérien. Ces quelques 75 heures à bord du train m'ont grandement marqué : ce qui reste surtout, c'est cette impression d'être à une autre époque, celle où le voyage prenait du temps et se faisait au rythme des locomotives.

Armé de ma Nikon SP et de quelques rouleaux de pellicule Kodak 3200, j'ai documenté notre passage sur le Trans-Sibérien. Ces quelques 75 heures à bord du train m'ont grandement marqué : ce qui reste surtout, c'est cette impression d'être à une autre époque, celle où le voyage prenait du temps et se faisait au rythme des locomotives.

À bord! Nous parvenons à trouver notre wagon et notre cabine en déchiffrant tant bien que mal notre billet, rédigé en cyrillique. L'intérieur de ce train sera notre maison pour les trois prochains jours. Deux salles de bain par wagon et un distributeur d'eau chaude seront nos seuls équipements.

Notre camarade de cabine s'appelle Derek et est originaire de l'Afrique du Sud. Il a terminé son année en tant qu'enseignant de mathématiques à Shanghai et continuera son périple jusqu'à Moscou, alors que nous descendrons à Novosibirsk.

La routine s'installe rapidement. Nos pensées défilent au même rythme que les paysages magnifiques des steppes mongoles, baignées dans le soleil de fin de journée alors que nous nous éloignons de la capitale vers le nord, et la frontière russe.

À la tombée de la nuit, les passagers s'activent. Tout le monde est vêtu de ses pyjamas et fait des aller-retour entre le samovar (le distributeur d'eau chaude) et sa cabine. Les enfants jouent bruyamment dans le corridor. On sent l'odeur du thé noir et des nouilles instantanées.

J'écris dans mon journal : "L'intérieur du train est vieillot, les lits sont durs, mais rien de cela ne m'affecte. C'est un beau moment."

Nous nous endormons rapidement de ce sommeil de plomb qu'apporte le roulis du train. Mais au milieu de la nuit, ce sont les projecteurs et les bruits des bottes des soldats qui nous extirpent de notre torpeur. Nous sommes à la frontière de la Russie, il est deux heures du matin, et nous passerons la prochaine heure à voir défiler les représentants des diverses agences de sécurité russes dans notre cabine, nous posant toujours les mêmes questions et fouillant jusqu'à l'entre-toit de l'habitacle, qui sera déboulonné et laissé ouvert pour le reste du trajet.

Notre récompense, c'est cette vue que nous avons eue le matin du deuxième jour, alors que les eaux bleu clair du lac Baïkal s'arrêtent à quelques mètres à peine des rails du Trans-Sibérien. Cette Russie, bien loin des splendeurs de Moscou et de Saint-Pétersbourg, retient encore son côté rustique et sauvage. Les passagers sortent d'ailleurs souvent de leur cabine pour contempler ce nouveau panorama, si différent de celui que nous avons vu disparaître avec le crépuscule de la veille.

Derek nous a dit aurevoir à Novosibirsk, où nous descendons pour la courte escale de deux jours permise par notre visa de transit russe, obtenu à Oulan-Bator. Nous rembarquons ensuite dans un autre train pour les 24 heures qui nous séparent toujours de Nur-Sultan, la capitale du Kazakhstan.

Le trajet de train que nous sommes sur le point de terminer, c'est un rêve devenu réalité, puis retransformé en rêve. On se sent hors du monde, emporté par le moteur puissant de cette vieille locomotive russe avec tous ces étrangers avec qui on ne partage rien d'autre que la destination. Ce voyage, c'est la confirmation du vieil adage qui veut que le trajet soit plus important que l'arrivée.