Un voyage à bord du train secret entre le Kirghizistan et l'Ouzbékistan



Un nouveau trajet qui traverse trois pays et des paysages fabuleux.


Le Kirghizistan est synonyme de beauté: des berges de l'immense lac Issyk-Kul, en passant par les chaînes de montagnes immenses, les canyons couleur feu et les lacs de glacier, il y en a vraiment pour tous les goûts.


Il existe toutefois un aspect du pays qui n'impressionne guère: les routes. L'infrastructure routière de la république d'Asie centrale rappelle au mieux une route de campagne du Témiscouata et au pire un pit de sable à Plessisville.


Cerise sur le sundae: le pays est traversé par d'immenses montagnes qui rendent tout passage nord-sud à peu près impossible. Il faut donc souvent compter sur des trajets interminables, avec au volant des conducteurs kirghizes pour qui les précautions les plus élémentaires semblent être pour les faibles. Qui a besoin de ceinture de sécurité quand on roule dans la voie de gauche d'une route mal pavée à 100km/h, t'sais?


Comme j'ai le mal des transports et une féroce envie de ne pas finir éjectée par le pare-brise dans un champ de melons d'eau, nous nous sommes mis en quête d'un mode de transport de rechange pour se rendre de Karakol, au nord-est du pays, jusqu'à Och, située au sud-ouest.


C'est là qu'on a découvert un nouveau service de train, discrètement mis en place en 2018, et qui lie la ville de Balykchy, à l'ouest du lac Issyk-Kul, et Tachkent, la capitale de l'Ouzbékistan. Une fois ce pays atteint, on peut aller visiter le sud-ouest du Kirghizistan en passant par la magnifique et trop peu souvent visitée vallée de Ferghana.


Comme même le propriétaire de notre auberge n'avait jamais entendu parler de ce service, on s'est dit qu'on devait l'essayer.


Le cauchemar des billets


Une fois passée la classique virée en taxi de Karakol à Balykchy, nous sommes arrivés à la gare de train. L'édifice soviétique n'a pas changé depuis les années 1950: il n'y a aucune prise électrique et le seul téléphone est à roulette. Ça augure bien!


L'achat des billets est une pure expérience post-soviétique. On savait que la ligne existait, mais elle était introuvable sur le site d'Ouzbek Railways. On a fini par comprendre que pour une raison quelconque, la gare de Balykchy conserve encore l'ancien nom de la ville, Ribachie. Même avec cette découverte, on n'a jamais réussi à acheter les billets via cette plateforme, puisque la transaction échouait constamment.


L'autre option est de se les procurer en ligne via Russian Railways ou Belarus Railways. Par contre, il vous faudra aller chercher les billets physiquement en Russie, pour ensuite revenir au Kirghizistan. Très logique.


On a donc dû se résoudre à les acheter sur place. Il est par contre possible d'acheter physiquement des billets pour tous les trajets de train d'Asie centrale dans n'importe quelle gare des pays de la région.


Si on avait su la date de notre départ en avance, on aurait acheté ces billets ailleurs, comme la seule autre touriste du train qui, beaucoup plus sage que nous, se les était procurés dans une gare moderne du Kazakhstan.


C'est facile de prévoir son horaire: le train ne part qu'une fois par semaine, tous les samedis.


On a vite réalisé que l'employée de billetterie de la gare de Balykchy avait la même vitesse d'exécution que celle de son téléphone à roulette lilas. Après avoir regardé nos passeports pendant quarante minutes, nous avons dû la mettre en contact avec notre ami kirghiz au téléphone, car elle ne voulait pas se servir de notre application de traduction, même avec un clavier cyrillique à sa disposition.


Presque deux heures plus tard, nous avons finalement réussi à mettre la main sur nos billets. Ou faudrait-il dire, une attestation de billets rédigée au stylo, puisque la gare ne possède aucune imprimante officielle. Il a donc fallu débarquer à Bichkek et échanger nos coupons pour les vrais billets afin de passer la douane.


Y'a rien de facile en Asie centrale.


Le tout revient à environ 110$ CAD par personne, ce qui fait du train une option beaucoup plus chère que les marshrutkas ou les cargos de nuit, mais qui vaut le coup pour son confort. Le trajet prend 24h, qu'on a majoritairement passées à dormir dans notre lit avec les couvertures propres.


On aime tellement prendre le train que ça ne nous dérange pas de se payer ce petit luxe.


Le nouveau vieux train


L'expérience de prendre le train se poursuit avec la même absence de logique que l'achat des billets.


L'heure du départ depuis Balykchy est à l'heure de Moscou, mais l'heure d'arrivée est celle locale de la ville de Tachkent. Cela veut donc dire que le train ne part non pas à 2h du matin, comme affiché sur l'horaire en ligne, mais à 5h du matin.


On s'apprêtait pour vrai à planter notre tente et à dormir en plein milieu de la gare, quand les employés nous ont permis de monter dans le train vers minuit afin qu'on puisse au moins dormir dans un vrai lit.


En montant dans le wagon, qui date lui aussi de l'époque soviétique, nous avons rencontré la queen des pots-de-vin, une employée ouzbèke qui nous demandait de l'argent pour tout. On rentre dans le train? On sort du train? On va aux toilettes, on respire? La madame ouzbèke est là, à se frotter le pouce et l'index, en nous lançant sa tirade digne des rappeurs américains: money, money, dollarzz.


Je lui ai servi assez de grands yeux vides en parlant avec ma voix de candidate d'Occupation double pour qu'elle finisse par nous laisser tranquilles. Alexis a plutôt opté pour un gros nyet russe, qui a fini par faire l'affaire.


Au moins, on avait les meilleures colocs de cabine: deux madames russes d'environ 50 ans, qui surveillaient nos affaires pendant qu'on allait boire de la bière et manger de la soupe au wagon-restaurant.



C'est d'ailleurs depuis les vieilles banquettes qu'on a regardé défiler les plaines du Kazakhstan roussies par le soleil, les canyons ocre, les rivières et les immenses montagnes qui séparent le Kirghizistan, le Kazakhstan et l'Ouzbékistan.


Après avoir passé les frontières qui séparent les trois pays, accompagnés de leurs fouilles interminables, les bâtiments futuristes de Tachkent sont apparus dans le jour naissant et nous avons pu prendre un taxi sans trop se faire avoir pour le prix.


Victoire!


Si l'envie vous prend, vous pouvez filer vers Andijan et passer la frontière vers Och, ou prendre le temps, comme nous avons l'intention de faire, de visiter la magnifique vallée de Ferghana.


À bientôt!


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© 2019 par Ariane Labrèche et Alexis Boulianne